LES CARMES Un bouquiniste s'installe dans la loge 8 du marché couvert

Entre le fromage et la poire, vous reprendrez bien une tranche de livre...

Dans le quartier, chacun y va encore de son couplet. Place des Carmes, une page s'est tournée il y a quatre ans avec le départ à la retraite de Madame Fernande.
Entre les fruits et les légumes, les charrettes remplies de livres de cette chère Fernande faisaient partie du paysage depuis plus de vingt ans. Les Carmes avaient leur bouquiniste attitrée, à même le trottoir. Et puis, un jour, Madame Fernande a repris ses charrettes et ses piles de livres.
Devenus orphelins, les amateurs de livres anciens ou d'occasion se sont repliés sur la boutique de Jean- Claude Blanc, rue de Metz. Une sacrée institution que cette boutique avec ses 200 m2 de rayons à feuilleter.
Papa attentionné, Jean-Claude Blanc vient de faire à son fils, Jean- Pierre, un joli cadeau de Noël. Il ne sera pas le seul à en profiter. Employé dans la boutique depuis six ans, le jeune homme âgé de 27 ans sera en effet le premier bouquiniste à ouvrir sa loge au marché des Carmes. Entre le fromage et la viande, des milliers de livres, de collection, anciens, ou d'occasion vont palpiter dans ce temple du bien-manger. Dans l'attente de ses clés, le père Blanc a eu tout loisir pour concevoir l'aménagement de la loge. Des rayons à l'intérieur et des charriots à l'extérieur. Tout est calibré et devrait ouvrir début janvier.

COLBERT AURAIT APPRECIE

Jean-Claude Blanc en se portant candidat de cette loge disponible n'ignorait pourtant pas que la bataille serait rude. Sous les marchés couverts, l'alimentaire fait la loi. Même si le marché des Carmes a déjà abrité par le passé un coordonnier et un serrurier. Même si celui de Victor-Hugo avait défrayé les habitudes en accueillant un antiquaire. Et même si Colbert préconisait des marchés diversifiés! Réunie à plusieurs reprises, la commission des marchés a enfin retenu fin juillet la candidature du bouquiniste.
Occupée pendant trois mois par un écailler, la loge 8 était vide depuis le mois d'avril. « La place n'est pas évidente pour un commerçe alimentaire. Un trop petit présentoir. Une situation dans l'angle... Ce ne sont pas de bons atouts. Alors qu'un bouquiniste peut y trouver son affaire en s'étendant sur le trottoir. Et puis, ce nouveau voisinage amènera une autre clientèle, et au moins, le rideau de fer ne sera plus baissé!», se félicitent les fromagers d'en face. Malgré sa mauvaise situation, la loge 8 reste séduisante, avec notamment un petit loyer (1.080 F) exempté des charges inhérentes à une boutique en dur. C'est l'idéal pour le jeune Blanc qui se lance à son tour.
Détail amusant, la maison Blanc emballe sous vide tous les livres qu'elle revend. Un principe dans la famille. En baignant dans l'ambiance du marché couvert, l'héritier Blanc ira-t-il jusqu'à les vendre au kilo?

Myriam LAFFONT
Ancien jésuite, ancien agitateur des nuits toulousaines, ancien bourlingueur, aujourd'hui formateur et écrivain

Alain Boyer, un « vieil ours » philosophe

« Je suis un vieil ours. » C'est avec malice qu'Alain Boyer aime se présenter. Le sourcil broussailleux et la voix bourrue collent assez bien à l'épithète brandie comme un étendard. Mais la comparaison s'arrêtera là. Cet homme-là ne grogne ni n'agresse. A 61 ans, ce Toulousain pur beurre philosophe, écrit et transmet son savoir. Alain Boyer vient ainsi de sortir coup sur coup aux éditions Erès deux guides philosophiques très sympathiques. Tirés des formations que le philosophe assure dans les instituts de la Famille de Toulouse et de Lille, ces opus donnent de notre monde une vision qui dépasse largement le cercle initial des professionnels du travail éducatif et médico-social. Au travers de thèmes universels, tels que le nom, la loi, l'interdit, l'individu, la violence, l'émotion, Alain Boyer revisite nos comportements et nous réconcilie avec une philosophie quotidienne, faite de bon sens et de pertinences. Ces deux bouquins sont de véritables mines de conseils, essaimées d'anecdotes et de références très actuelles et vécues par le simple quidam. Ici, pas de conceptualisation à tout crin et de brassage de vent. Rien que du vécu, coco...

UN « EX » DU PHARAON

Un rayon sur lequel le fringuant sexagénaire peut disserter. C'est que le bonhomme n'est pas banal. Un sacré numéro même. Celui qui a été d'abord jésuite pendant seize ans, enseignant le latin, le grec et la philo, s'y connaît en virages à 90 degrés. En 74, sur la vague de mai 68, il ouvre avec des amis le Pharaon, rue Pharaon à Toulouse. Jusqu'en 1982, ce repaire de gauchistes agitateurs géré en auto-gestion fait les belles heures du jazz, du théâtre et de la bonne bouffe. C'est là qu'il fallait aller pour écouter toutes les semaines le grand Claude Tissendier. En 82, le Pharaon ferme, son équipe lessivée. Alain Boyer prend alors une autre barre, et s'embarque avec un copain et un chien sur un bateau à voile, construit avec trois francs, six sous et passion. Deux ans à naviguer à vue sans limites.De retour sur le plancher des vaches, le rebelle s'installe rewriter chez Privat, Dunod et Erès. En parallèle, un ami, responsable de l'Institut de la famille, l'invite à partager ses savoirs et l'inscrit au programme pédagogique. Une autre aventure commence pour le guéri du militantisme, toujours « exulté par le souci du bien commun ». Plongé dans le réseau médico-social, Alain Boyer démontre une nouvelle fois « qu'il n'est rien sans l'autre » et que le concept de l'individu en tant que tel n'est pas valable.
C'est parce que les autres l'ont taxé affectueusement de « vieil ours » que le célibataire endurci peut se retirer et goûter sans douleur à la solitude, « qui se reçoit des autres ». Aujourd'hui, Alain Boyer retape une vieille ruine à Cordes. C'est là qu'il pense se retirer au printemps. Ce ne sera ni une tanière, ni un ermitage. Juste un maillon supplémentaire au réseau. Après ses idées, Alain Boyer souhaite partager ses livres, « 3-4.000 au mètre ». Il envisage donc simplement d'ouvrir au public une fois par semaine ces impressionnants rayonnages. Reste à savoir comment le philosophe pointilleux réglera la problématique du don qui engendre inévitablement la dette...

Myriam LAFFONT

Alain Boyer, « Guide philosophique pour penser le travail éducatif et médico-social », deux tomes parus aux éditions Erès, 312 et 302 pages, 23 € (150,87 F) l'un.
Le yoga a transformé la vie d'Alain Renoult

Les positions d'un missionnaire

Yogi et professeur depuis vingt ans, Alain Renoult préside à Rodez Synergie Santé. A ses côtés, Chantal Bosch déploie son expérience de relaxologue. Par le biais de journées d'informations et de réflexion, l'association aide à amorcer une vision holistique du bienvivre.
Pour Alain Renoult, la crise de la quarantaine n'a pas été existentielle. Et pourtant. A 40 ans pile, les séquelles d'un accident font boule de neige et le coincent salement, l'affligeant de crises de sciatiques et d'arthrose. Le diagnostic du médecin est sans appel : «Vous êtes foutu.» Charmant, l'homme de science tempère et suggère : «Pourquoi ne feriez-vous pas du yoga ?».
Alain Renoult ignore totalement ce qu'est le yoga. Mais pourquoi pas ? Il se rend donc à une séance, proposée par le centre social du coin. Le miracle a lieu. Le soir même, la douleur a disparu. En douceur, la discipline hindoue entre dans la vie d'Alain Renoult et la bouleversera. L'apprenti yogi se munit d'un livre d'André Van Lysebeth, pionnier avec Roger Clerc du yoga en France, et enchaîne les postures. Huit ans de pratique en solitaire.
Lors d'un stage, André Van Lysebeth admire le «style très pur» d'Alain. Sa suggestion sera également déterminante : «Mais qu'attendez-vous pour enseigner ?» Ce que fera Alain Renoult, tout en poursuivant son activité de formateur. Mais les postures indiennes ne sauveront pas seulement son dos et ceux des autres ; elles permettront, lors d'un atelier en Espagne, la rencontre avec Chantal Bosch.
«Arghos»
Aujourd'hui, Alain a 60 ans, le regard vif, la silhouette fluide. Un petit lutin confondant d'aisance et de jeunesse corporelle. Chantal est à ses côtés, partenaire de douceur, mais aussi de professionnalisme, puisqu'elle est relaxologue et professeur de yoga. Passant de l'un à l'autre, une petite fille de 5 ans, pétillante et joyeuse. La famille est installée à Rodez et vit dans une maison baptisée «L'arghos». Certains choisissent «Les flots bleus» ou «L'abri côtier». Leur clin d'il, lui, puise à la mythologie grecque. «Arghos» pour le mythe de la Toison d'or. Au sous-sol de la maison, il n'y a pas des argonautes mais des tapis au sol, des mandalas au mur, des bâtons d'encens en volutes.
Synergie Santé
Ici bat le coeur de l'association Synergie Santé, créée en 1992 et animée par le professeur de yoga et la relaxologue.
Dans la corbeille de cette mariée, leurs expériences mutuelles mises au service de ceux qui désirent mieux vivre et prendre en main de manière holistique leur équilibre. Au fil d'ateliers d'information, l'association propose un vaste panel d'outils et touche un public varié. L'atelier «Gestion du temps» a comblé une mamie de 82 ans, envahie par la sollicitude de ses enfants et petits-enfants. Des bacheliers ont sablé le champagne avec les Renoult, après un atelier «Mémoire pratique» concluant. Hier, des mamans et leurs bébés ont découvert Shantala, la méthode de massage rapportée de l'Inde par Frédéric Leboyer. Les sceptiques adeptes d'un «Parle à mes pieds, ma tête est malade» ont révisé leur façon péremptoire de voir après une séance de réflexologie plantaire. Une chef de service amenée par un de ses subordonnés gère désormais mieux les conflits d'entreprise grâce à l'atelier adéquat.
Accroché sur un des pans de mur, ciselé dans le bois, l'emblème de l'association rappelle à tous ces participants que si la fleur de lotus s'épanouit sous le bleu pur du ciel, ses racines restent plongées dans la boue. Une subtile métaphore à méditer, des pieds à la tête...
Philippe Noiret, un parrain pas « ripou » du tout

Il y a trois ans, Bernard Cau, le président de l'Hôpital Sourire « y est allé au culot ». Philippe Noiret jouait à Toulouse « Les côtelettes ».
Par déduction, Bernard Cau localise l'hôtel du comédien. Il compose le numéro, demande à parler à Philippe Noiret qui accepte de le rencontrer. Là, l'alchimie de l'instant fait des étincelles et propulse le comédien charismatique au rang de parrain. Même si Philippe Noiret prévient « qu'il ne fera pas grand chose, mais servira avec gratitude de porte-voix ». Ce qu'il a pu faire lundi en découvrant le premier festival d'art contemporain organisé par l'association Voeux d'artistes jusqu'au 8 décembre à l'Hôtel-Dieu. Les bénéfices de vente de ces 1.100 oeuvres, seront versées pour moitié à Hôpital Sourire (lire notre précédente édition). Amateur d'art, le comédien s'est révélé un porte- voix ravi par le talent et la générosité des cent-onze artistes réunis, valeurs sûres de l'art contemporain. Rencontre avec Philippe Noiret, homme élégant et délicieusement bonhomme.

Vous seriez donc un parrain paresseux ?
Je tiens à faire mon métier de comédien, j'y mets toute mon énergie, je ne dois pas me disperser. Mais si une toute petite partie de mon temps peut rendre service, pourquoi pas? Vous savez, un personnage public doit se protéger sinon il peut y perdre sa vie. Mais bavarder avec les enfants, comme aujourd'hui, ça me fait plaisir. On parle de football, de rugby, de cinéma, s'ils me connaissent. ce n'est pas le cas des petits. Hé, ça fait déjà trois ans que je n'ai pas été à l'affiche...
Vous vous êtes déclaré amateur d'art. Pas encore collectionneur à votre âge ?
Non, non, je suis plutôt amateur. Je n'aime pas l'accumulation, je me suis donc méfié. Donc, pour me préserver amateur, je me suis diversifié, dans la peinture, le dessin, la gravure, les objets...
Vous pratiquez vous-même ?
Oh que non, je me contente de grabouiller et personne ne verra ce que je grabouille !
Avec quels tableaux allez-vous repartir aujourd'hui ?
Ah, je ne vous le dirai pas sinon on pourrait me les piquer !
C'est vrai que vous étiez un peu absent des écrans de cinéma. Quelle est aujourd'hui votre actualité ?
Je viens de finir la pièce de Yasmina Reza. Je viens aussi de tourner en Belgique « Un honnête commerçant » de Philippe Blasband. Vous ne connaissez pas ? C'est le scénariste d' « Une liaison pornographique ». C'est un film policier d'une tournure particulière, belge en résumé! Je dois tourner l'année prochaine une suite des « Ripoux », quasi vingt ans après. Il est prévu aussi une adaptation cinématographique des « Côtelettes » et enfin, je jouerai dans le premier film écrit par Michel Boujenah, « Père et fils ».
Dans ce film belge, vous serez l'honnête commerçant ?
Oui, comme je serai le père dans le film de Michel! J'ai passé l'âge d'être un fils !
Vous présenteriez-vous comme un honnête homme ?
Ce serait bien prétentieux mais je tends à l'honnêteté, oui. J'essaye de ne pas blesser autour de moi, de rester léger, et oui alors, d'être honnête dans cette vie.

Recueilli par Myriam LAFFONT
Howard Buten, psychologue, clown, auteur, est fasciné par les enfants autistes et la théorie de la relativité

« Einstein a toujours été mon idole »

Howard Buten a indéniablement une gueule. Un minois troussé entre un front large, des yeux écartés, un gros nez, un menton discret. Reconnaissable même sans la couche de blanc que porte son double de music-hall, le clown Buffo.
Vautré dans un des canapés deux places de la librairie Ombres Blanches, Howard Buten est fatigué. Il le dit, simplement. Voix lasse où traîne l'accent tenace des USA. Etonnant bonhomme que cet homme, presque échoué là, perdu dans l'espace labyrinthique de la librairie toulousaine. Trois hommes en un. Buffo le clown bouleversant, Howard le psychologue voué aux enfants autistes, Buten l'auteur du célèbre « Quand j'avais 5 ans, je m'ai tué ». Il se rétracte devant l'objectif du photographe. Il minaude. Il brusque. « Encore! J'ai horreur d'être pris en photo, je fais mon intéressant, je me sens idiot. »
Même las, même grognon, Howard Buten reste magnétique. Une ribambelle d'images se superposent. Le professionnel bourré d'affection pour les enfants autistes. Immense respect, fragile et pudique amour. « A 11 ans, mes amis et moi avions créé le Club des hommes de science à venir. Moi, j'étais médecin et je voulais bien sûr sauver le monde. A 14 ans, j'étais bénévole dans une colonie de myopathes. Non, non, pas à 14, à 15. Tiens, c'est drôle ça, j'ai toujours dit à 14 mais c'est bien à 15. Vous voyez, je ne sais plus si c'est vraiment ma vie... »
Il frotte ses yeux rougis, étire ses longs doigts, sourit de ses yeux. Parle de sa mère artiste, de ses numéros à lui, gamin de 8 ans, de ventriloque et de danseur de claquettes, de sa marionnette qu'il opérait toutes les semaines de l'appendicite, du roman « David et les lionceaux » écrit à 11 ans, de son arrivée en 1982 en France pour la promotion de son livre, de son coup de foudre avec une Française, avec qui il n'a pas eu de bébé, parce qu'il n'aime pas les bébés et ne voulait pas de cette responsabilité, de New-York qui lui manque, des clowns qu'il n'aime pas...

« JE NE SUIS PAS UN POETE »

Cet homme dont la vie a été bouleversée par l'institution qui accueille « ses » enfants autistes reste bouleversant dans ce chapelet maintes et maintes fois servi aux journalistes. Mais toujours cette maudite fatigue qui nous englue, étrange duo coincé sur ce petit canapé, dans le brouhaha feutré des lecteurs... « Y aurait-il une question jamais posée auquelle vous aimeriez répondre? » Le regard brille. « Ce qui me plaît le plus au monde! C'est d'apprendre réellement; le moment, l'instant précis où je comprends; celui où j'ai compris la théorie de la relativité d'Einstein a été le plus exaltant! On me veut poète, mais je suis un homme de science. Depuis l'âge de 10 ans, Einstein est mon idole. Il laissait courir son imagination, il savait prendre les nuages et les clouer par la véritable physique. »
En fait de nuages, Howard Buten avouera qu'il se sent dans un brouillard vertigineux. Désarroi. Ses trois merveilleux hobbys sont devenus trois carrières exigeantes. Les sept ans qu'il a fallu pour écrire le 7e livre, la disponibilité nécessaire aux enfants, la scène qui le fait vivre. Pour la première fois de ses multiples vies, Howard Buten, 50 ans, se pose des questions.

Myriam LAFFONT.
Pour trois mois en résidence d'auteur à Tournefeuille (31)

Une Parisienne en villégiature d'écriture

Deux mois après son installation toulousaine, Isabelle Rossignol reste une Parisienne en exil. Déconcertée par l'apparente simplicité de Toulouse.
Un peu perdue. « Paris me manque pour sa diversité, ses perpétuels étonnements, son allure folle. Ici, c'est bien sage... » De ses longues marches, la jeune femme a récolté quelques repères: les bords de la Garonne, faibles relents d'une Seine immense et charrieuse; le quartier Arnaud- Bernard, évocations marocaines; le cloître de Saint- Augustin, sérénité sacrée; l'Utopia, cinémas d'auteur; les terrasses de café, vitrines changeantes. De petites balises plantées ça et là dans le vif d'un dépaysement total. « Et c'est bien là l'intérêt d'une résidence. La rupture totale. Le champ laissé libre pour s'imbiber entièrement, n'être qu'une éponge d'écriture. » La jeune femme écrit invariablement tous les matins, l'écran de son portable déplié.
Avec une bourse de 35.000 F allouée par le Centre régional des lettres et la mairie de Tournefeuille (lire ci-dessous), Isabelle Rossignol a pu pendant trois mois prendre le large de ses activités professionnelles. Docteur es lettres, la formatrice « enseigne l'écriture » aux ouvriers de Renault. Presque une reconquête sociale pour cette ancienne militante du PC qui n'anime désormais que ponctuellement des ateliers d'écriture basiques: « Aujourd'hui, je n'ai plus trop envie de porter les gens vers leur expression littéraire. Je préfère travailler sur l'identité, comme avec ces ouvriers. Là, je me sens utile. » Eloignée de repères et d'utilité sociale, Isabelle se confronte à la prétention et au dérisoire de l'écriture. Aux angoisses aussi. « Je pars toujours d'un vécu et je me demande comment en faire quelque chose de littéraire, d'artistique. Quand le livre est en rayon, je me sens comme un condamné qu'on va juger. Mais si je m'enlève ça, je n'existe pas. Je suis obligée de le faire. »

Productrice sur France-culture

L'angoisse glisse pourtant sur le visage et la présence lumineuse de cette belle femme qui avoue « envier les gens qui se sentent bien » et remplir une mission: « Je pense que j'appartiens à une famille où les femmes ne se sont pas accomplies. Ma mission est de remplir les cases vides. » Petites morts et Vomica (1), les deux premiers récits d'Isabelle, ont commencé à remplir avec force et talent ces pages blanches. Ce n'est pas assez pour l'active faiseuse d'anges et d'encre. Productrice d'émissions sur France-Culture, Isabelle poursuit l'investigation de ces sillons ancestraux laissés béants. Les sujets sur la sexualité des personnes âgées, la féminité chez les religieuses, les femmes voilées, l'avortement, se suivent et ancrent une nouvelle lignée. Les ondes pour une écriture fugace et partagée, reçue quasi immédiatement. Le bonheur d'Isabelle, dévorée de honte à l'idée de ses livres étalés dans les rayons, radieusement fière de ses émissions.
« Mais, écrire, ce serait peut- être aussi récupérer les terres que mon père a dû vendre quand j'avais 8 ans... », lâche la petite fille de vigneron bourguignon, en continuel exil de quelque part. « D'où je suis? Je ne sais pas trop... » A Paris, prendre le bus pendant des heures apaise Isabelle, qui projette de faire une émission sur la ligne Paris-Ukraine. Elle y trouvera peut-être ou peut-être pas la réponse à la question taraudante posée il y a des années par un vieux chef de village, au fin fond du Burkina: « Qu'est ce que je vaux pour être venu de si loin me voir? »

Myriam LAFFONT

(1)Ces deux titres sont parus aux Editions du Rouergue. Le troisième, Une nuit ordinaire, sort à la rentrée.

La petite boutique des écritures de Tournefeuille

Inséparable de la médiathèque, validée par un contrat Ville-Lecture, la Boutique des écritures de Tournefeuille reste un concept unique dans la région. Il faut pousser jusqu'à Montpellier pour trouver la seconde Boutique d'écriture du grand Sud.
Ouverte en 1999, en co- partenariat avec le Centre régional des lettres et la Direction régionale des affaires culturelles, la Boutique propose des ateliers d'écriture et de calligraphie permanents, un espace de formation, des séances d'alphabétisation, des actions éducatives artistiques et gère la résidence d'auteurs. Sur ce dernier volet innovant, résidants écrivent et s'investissent en contre-partie dans la vie culturelle de la commune. Après Philippe Berthaud en 1999, Isabelle Rossignol anime cette année des ateliers d'écriture dans les écoles et les maisons de retraite. Une mise en chorégraphie de son texte Les petites morts est actuellement en projet avec un artiste, également en résidence à Tournefeuille, Emmanuel Grivey.
« Nous voulions mettre en place une véritable politique autour du livre et de la création. La Boutique nous a semblé être un outil complémentaire et pertinent de la médiathèque », explique François Lajuzan, directeur des affaires culturelles de Tournefeuille. Le pari semble gagné. Chaque mois, près de 10.000 visiteurs franchissent le seuil de la médiathèque et de sa petite soeur, la Boutique.
M. L.
Plus d'appels à SOS Amitié, plus d'entretiens à la Porte ouverte

Pas de trêve de Noël pour la solitude

Une fois le combiné posé à SOS Amitié, une fois le seuil passé à la Porte ouverte, le vernis des fêtes de fin d'année craque vite.
L'écho des retrouvailles familiales et des virées entre potes s'amplifie ici dans la douleur. Dans le brouhaha des rues animées et décorées, la solitude s'écrase pour mieux sauter à la gorge la nuit tombée. Au lendemain d'une nuit blanche et vide, ce sera cet homme qui le jour de Noël composera le 05.61.80.80.80 à l'aube pour simplement dire:
- « J'avais besoin d'entendre une voix humaine », et raccrocher presque aussitôt.
Ou cet autre qui poussera le même jour la porte du 35, rue des Couteliers, à Toulouse:
- « Jai besoin de parler avec des gens. »
Cette voix humaine, ces gens sont présents sept jours sur sept à SOS Amitié et à la Porte ouverte. Une quarantaine de bénévoles pour chacune de ces deux associations spécialisées dans la relation d'aide. Ici, pas de jugement, pas d'attitude directive. Des gens comme vous et moi, disposés à offrir leur temps et leur écoute, formés et supervisés par une équipe de pro. Une oreille, une présence, un réceptacle où déposer sa détresse, la formuler pour peut-être déjà s'en détacher. Le tout sous le couvert d'un anonymat rigoureusement respecté.

LE CONTRECOUP D'AZF

A SOS Amitié, la nuit de Noël a été jugée plutôt calme: une dizaine d'appels entre minuit et quatre heures. Mais le dimanche précédant la Nativité, le téléphone n'a pas cessé de sonner. A la Porte ouverte, le mois de décembre 2001 a grimpé dans le rouge. Sur l'année, une centaine d'entretien est assurée mensuellement. Ce mois-ci, on est quasiment au double.
De l'ado qui n'arrive pas à communiquer avec ses parents à l'enseignante démunie devant la violence de sa classe, tous les âges, toutes les classes y passent. Dans le face à face privilégié offert par la Porte ouverte, les bénévoles observent que les hommes viennent un poil plus nombreux que les femmes. Moins pudiques qu'on ne croit les mâles?
A Toulouse, AZF a bien sûr alourdi la note. Dans des appartements mal calfeutrés ou sombres, les personnes âgées se raccrochent au fil téléphonique. Dire, dire. Cinq minutes ou une heure. Déverser, déverser. Raccrocher le coeur et les tripes plus vidés. De préférence à quelqu'un comme vous et moi, pas un professionnel, pas un spécialisé « dans la folie ». Oui, quelqu'un qu'on aurait pu rencontrer dans une file d'attente, dans la rue, chez l'épicier. Une rencontre simple comme un bonjour qu'on ne partage plus.

Myriam LAFFONT

Des gens comme vous et moi

Président de la Porte ouverte, Jean-Louis Sirven est accueillant bénévole depuis la création de l'antenne toulousaine, en 1979. Alors ingénieur, « et donc d'approche très technique », Jean-Louis a envie de sortir de son cercle d'initiés. A sa retraite, il ouvre plus largement la porte et assure aujourd'hui une permanence hebdomadaire. Si « chaque entretien reste unique », Jean-Louis en évoque quelques uns avec chaleur: « C'est extraordinaire, on voit les personnes se transformer, se délester d'un fardeau formulé et renvoyé par un interlocuteur. A certains moments, ce qui me frappe, c'est le fait qu'on peut trouver, au hasard, à un moment donné, une oreille, une écoute, quelqu'un qui est en position d'offrir quelque chose, qui est prêt à tout moment. » Comme tout écoutant, Jean-Louis s'attache à prendre du recul: « Je suis là mais la personne que je reçois ne fait pas partie de moi, c'est quelqu'un que je reçois amicalement. » Hormis quelques rares feed-back, l'écoutant sait qu'il n'a rien à attendre. Il donne, un point, c'est tout. Pas de place pour la frustration. « Je n'ai pas l'impression d'être meilleur en venant ici. J'ai une plus grande humilité au fond de moi par rapport à l'autre ».
Dominique, 47 ans, bénévole depuis cinq ans, formée aux relations d'aide, se dit « toujours étonnée de la richesse de ses interlocuteurs. On apprend sans fin des autres, la pratique de l'entretien n'est jamais acquise ».
A SOS Amitié, une voix féminine, pas de prénom. Une écoute par semaine dont une nuit par mois depuis dix ans. Alors, oui, « quelquefois, on se sent désarmé même avec une formation... »
M. L.
La Porte ouverte, 35, rue des Couteliers, (métro Esquirol), reçoit 7 jours sur 7, 365 jours par an, de 14 h 30 à 19 heures, sans rendez-vous. Téléphone: 05.61.14.22.78. L'association envisageant d'étendre les heures d'accueil au matin, les candidats à l'écoute sont bienvenus.
SOS Amitié Midi-Pyrénées, 05.61.80.80.80.
Une équipe de sociologues toulousains pilote la première étude européenne sur le commerce du charme et le travail sexuel

L'érotisme est payé au Smic

«Il y a plus de salariés dans le commerce du sexe que de prostituées dans la rue. Mais ça, on a tendance à l'oublier. C'est bien plus confortable de limiter ce commerce au trottoir. Mais si tout le monde critique et condamne, tout le monde investit dans les minitels ou les lignes roses... »
Sociologue à l'université du Mirail, spécialisé dans les rapports sociaux du sexe, Daniel Welzer-Lang sait appuyer là où ça dérange. En initiant la première enquête européenne sur le commerce du charme et le travail sexuel, le pivot de l'association toulousaine de recherches sociologiques, Les Traboules, découvre à cru les coulisses d'un monde à double vitesse.
Menée simultanément à Toulouse, Barcelone, Bruxelles et Lyon, cette étude, qui vient de commencer, ira plus loin que les bouts de seins exhibés sur les panneaux d'affichage 4 par 3. Les paillettes, le champagne, les désirs exacerbés, les multiples libertinages, les gentils interdits dépassés, c'est bien joli, correctement emballé, médiatisé à gogo. Le porno bon chic, bon genre envahit la publicité. « Loft Story » tient en haleine des milliers de voyeurs: « Alors, ils vont le faire? Et où? » Adoubée par l'audimat, la sexualité se paye une fausse banalisation, au coin du comptoir, à la maison, au bureau.

HUIT CENTS EMPLOIS A TOULOUSE

Mais si beaucoup tirent la langue, si beaucoup se remplissent les poches, beaucoup triment pour un simple Smic, en bout de chaîne. Côté coulisses, le sexe est un secteur économique très rentable. Une énorme machine opaque aux rouages industriels libéralistes. Un employeur vorace et volage, un petit personnel broyé, exploité. Dans le X, les starlettes durent six mois. Sur les lignes roses, les femmes décrochent vite, bousculées psychologiquement. Le sexe, roi du « turn- over » du personnel et de l'employabilité immédiate et jetable.
Recueillis dans les boîtes échangistes, gays, les clubs de rencontre ou le salon de l'érotisme de la Ville rose, les premiers témoignages de l'enquête révèlent cet envers du décor plus social qu'excitant. Daniel Welzer-Lang estime à 800 les travailleurs du sexe à Toulouse, du prostitué au serveur de restaurant échangiste en passant par les animatrices, téléphone, minitel ou internet. Les conditions de travail sont sommaires, les conventions collectives inexistantes et les excès fréquents. « Par exemple, l'animation de lignes porno... C'est souvent la seule issue pour des jeunes femmes sans qualification. Elles touchent le Smic, essayent de cloisonner travail et vie personnelle comme elles peuvent, travaillent à la chaîne, contrôlées au temps moyen de connexion. Si elles se plaignent de leurs conditions de travail et de leurs difficultés psychologiques, les inspecteurs du travail tournent la tête. Ce sont pourtant des salariées, pas des salopes consentantes... », rappelle Daniel Welzer-Lang. « Bien sûr, ces salariées ont souvent choisi de faire ce boulot mais à choisir, elles préféreraient être professeurs à l'université. »

Myriam LAFFONT
Salon de la voyance

Le dessous des cartes, c'est tout vu!

Avant même d'entrer dans le petit salon, il y a l'odeur de l'encens. Forte, entêtante. Une musique ambiante en sourdine, zen, relaxante, synthétique. Allez, plouf, payer ses 25 F de droit d'entrée et plonger dans l'antre moderne des sorciers.
Le Salon de la Voyance se tient encore aujourd'hui au centre Diagora de Labège, de 10 à 19 heures). Ils sont tous là, certains font même le pied de grue devant leur guitoune improvisée, drapée de tentures bleues sombres et de paravents.
Si vite familiers, leurs prénoms de scène étalés: Pascale, Claudie, Madame Mad ou Anita, Monsieur Nicolas ou Samuel, et compagnie. Tous à tu et à toi, leurs faits d'armes et le sigle du « CB accepté » placardés: « don de naissance », « voyance avec flash », « prix d'honneur de voyance de la Pyramide d'or », « médium de réputation internationale »... Lequel choisir?
Lequel va empocher les 350 F demandés pour une voyance complète? A qui donner sa confiance, ses sous, sa destinée? Dans quelle échoppe à la fois trouble et troublante se fourvoyer avec l'étrange?
Trois copines comparent leurs virées derrière les rideaux.
- « C'est assez juste ce qu'elle m'a dit... il y avait des dates concordantes... Et puis, au feeling, elle est sympa, c'est important... »
- « Moi, j'ai choisi la dame du fond parce qu'elle ressemble à ma grand-mère... »
Mais pas à la mienne. Ce sera donc la médium au feeling sympathique. Entrée dans les coulisses. Les trois copines ont- elles eu cette légère appréhension tapie quelque part dans le cerveau limbique? Et si c'était pour de vrai? Et si on se brûlait les doigts? Et si la voyante « pure, aux dons héréditaires, à la réputation nationale » dévoilait la petite supercherie et renvoyait, outrée, l'imposteur manu militari? Mais derrière la table, une jeune femme, en effet avenante, invite à tirer sept cartes d'un jeu banal de trente- deux.

Qui est Fabien?

Le décor est rapidement planté dans ses grandes lignes. Vie professionnelle, vie amoureuse, vie sociale, la totale. « Il y a un homme de coeur près de vous. De la tendresse, de la complicité, des petites colères sans importance... » C'est heureux. D'autres cartes recouvrent les premières. Le panorama extra-professionnel est assez juste. A la décharge de la voyante, la cliente n'est guère prolixe. Assez lisse, pas expansive, sans question précise, ni souci majeur, quasi inquisitrice, demandant des faits, des dates, du concret, sans pour autant amener de l'eau au moulin. « Vous allez m'épuiser! Je n'aurai plus assez d'énergie pour le reste de la journée!»
Soudain, la médium demande: « Qui est Fabien? » Fabien? Inconnu au bataillon. « Et Marie, Rosemonde, quelque chose comme ça... » La Marie retrouve le Fabien dans le même bataillon. Deux autres les rejoindront. Un seul prénom sur les cinq présentés fera réagir la cliente. « Mais vous savez, ce sont peut-être des personnes qui vont entrer dans votre vie. » Le temps passe, la cliente s'incruste, en mal de révélation fracassante tirée du passé. Oui, il y a bien un frère plus jeune et brun. L'avocat du diable se lève: « Une chance sur deux qu'il soit plus vieux, blond ou absent!» Esquissé d'intuitions assez bonnes, l'avenir se présente superbe. Mais cela sera peut-être en effet le sien, demain, tout est possible. Sur un point précis, la voyante sortira de sa réserve et conseillera fermement de reporter un projet. Diable! Tant d'assurance pourrait ébranler.
L'heure a tourné. Lassée du jeu du chat et de la souris, la cliente tend une perche, pour ne pas quitter en imposteur cette enclave intemporelle. « Allez, trouvez avec précision mon activité professionnelle, nommez- la clairement... » Nouveau tirage de cartes. « Je vois beaucoup de monde, vous tapez sur un clavier, je vois que vous recevez beaucoup de messages, comme une éponge, puis vous les transmettez, vous travaillez d'une façon indépendante, je vois quelque chose qu'on ouvre (elle fait le geste d'un livre ou d'un journal qu'on ouvre)... » Avec une sincérité touchante, la voyante avouera qu'elle ne voit pas plus et demandera qu'on l'éclaire. C'est fait.

Myriam LAFFONT
La première 6e pour les « intellectuellement précoces » à Montalembert

Une classe pilote pour les élèves surdoués

« On ne fait pas d'élevage de cerveaux ou de petits singes savants ! On cherche avant tout à ce que ces élèves soient heureux. »
Martine Bénezet est responsable pédagogique des 6e du collège privé Montalembert-Notre-Dame. Parmi ces classes, la 6e C ou 6e EIP. EIP pour Elèves Intellectuellement Précoces' présentant plus de 130 de quotient intellectuel. Unique en Haute-Garonne, cette classe ouverte en septembre inaugure la première filière du secondaire adaptée aux EIP.
Pour l'instant, ils sont 25, âgés de 9 à 11 ans, enfants presque comme les autres. A leurs côtés, une équipe pédagogique enthousiaste et attentive, consciente du fragile équilibre de l'entreprise. Une concertation forte et suivie entre les parents, les professeurs et les psychologues de l'Association française des enfants précoces (AFEP) chapeaute l'ensemble.
Jusqu'à la rentrée dernière, l'école était pour ces vingt-cinq enfants synonyme d'isolement, de rejet, de moquerie, voire d'échec scolaire. Tous viennent de l'enseignement public, avéré inadapté; certains suivaient les cours du CNED (cours d'enseignement à distance). Tous ont une grande soif de reconnaissance, de respect, de liens et de savoirs.
« Ce qui est bien, c'est qu'ils ont constitué une fratrie où ils peuvent mutuellement se réconforter, se rassurer. Mais ce qui est aussi bien, c'est qu'à l'interclasse, tous les 6e se brassent et jouent ensemble », constate, ravie, Martine Bénezet. Une maman confirme: « Mon fils s'éclate. Il va mieux, se sociabilise et s'intègre. La seule remarque entendue dans la cour a été ils sont petits cette année les 6e!»

OUVERTURE

Johanna, Clément et les autres suivent le programme de leurs copains d'interclasse. Ici, on vise l'épanouissement, pas la performance. Dans la même optique, le saut de classe sera exceptionnel et examiné au cas par cas. Des 6e, pas des surdoués.
Parce que ces enfants plus que d'autres intellectualisent, l'accent est mis sur l'expression corporelle. Un comédien vient deux fois par semaine animer un atelier théâtre. « Hyper-émotifs, ces enfants se blindent et se replient ». Parce qu'ils présentent fréquemment des problèmes de dysgraphie, les 6e C suivent un atelier calligraphie pour aborder autrement l'écriture. L'atelier d'origami a remporté également l'adhésion des élèves, conciliant avec élégance réflexion et réalisation. La pluridisciplinarité et l'ouverture sont deux mots clés pour tenter de répondre à la curiosité et à la vivacité de ces enfants, peut-être plus curieux, pertinents, insatiables, impatients et exigeants que la moyenne.
Les étudiants de l'Ecole de journalisme de Toulouse en savent quelque chose. Une fois par semaine, ils rencontrent les 6e C et bossent avec eux sur des journaux thématiques. Les idées fusent et les « petits » ne sont pas loin d'épuiser leurs interlocuteurs, pourtant aussi enchantés de l'expérience que la conseillère pédagogique: « La confrontation apprenant/apprenant s'avère pertinente et efficace pour ces enfants, critiques face aux détenteurs de savoir. »
A la rentrée prochaine, une nouvelle 6e EIP prendra le relais. Cette classe affiche déjà complet. Par souci d'équilibre et de mixité, Montalembert se refuse toutefois à doubler la mise. « Nous ne voulons surtout pas devenir un établissement spécialisé!», s'exclame Martine Bénezet.

Myriam LAFFONT

Toulouse, parmi les pionniers en France
En France, près de 400.000 enfants sont intellectuellement précoces, soit un élève par classe de 25. Dans le secondaire, un précoce sur trois est en échec scolaire. Des réalités auxquelles tout enseignant sera confronté au cours de sa carrière. « Et pourtant, il y a encore des inspecteurs d'académie qui prétendent fermement que la précocité n'existe pas... », regrettent les sept enseignants de l'Education nationale qui constituent le Groupe académique de recherche sur la scolarité des enfants précoces (GARSEP). Créé en juin 2000 en Haute-Garonne, ce groupe est le seul à être cautionné par l'Education nationale.
La tâche n'est pas pour autant facilitée, « en raison même de la défaillance de l'école publique qui ne prend pas systématiquement en compte cette différence et peut alors exclure ». Les a priori, de l'entourage familial comme de la communauté éducative, ont la peau dure et les enseignants manquent de repères. Dans ce contexte tangent, le Garsep révèle des dysfonctionnements: « C'est un psychologue scolaire qui soit- disant teste un enfant susceptible d'être précoce. En fait, il lui fait faire un dessin!»
SENSIBILISATION
Afin de sensibiliser l'ensemble de la communauté éducative de l'académie, le Garsep organise régulièrement des conférences thématiques. Dernièrement, au lycée Charles-de-Gaulle de Muret, le psychanalyste Philippe Chamont s'est penché sur « L'identification des enfants et adolescents intellectuellement précoces ».
Sur cette dynamique de réflexion, le Garsep met actuellement en place un site internet, toujours avec l'aval de l'Education nationale, via l'IUFM de Toulouse. Cet outil devrait amplifier les premiers contacts pris hors de l'hexagone.
Dans l'immédiat, les enseignants intéressés peuvent laisser un message dans le courriel suivant : garsep@ac-toulouse.fr